mercredi 4 décembre 2013

Communauté Quinquén

Après avoir quitté Lonquimay, nous avons rejoint la communauté mapuche-pehuenche de Quinquén, composée d'une cinquantaine de familles. Les Pehuenches, gens du pehuén ou de l'araucaria en langue mapuche, sont ainsi nommés car leur alimentation est principalement basée sur les pommes de pin de l'Araucaria. Cet arbre, appelé Araucaria du Chili, ou Araucaria araucana, est considéré comme sacré par les pehuenches et constitue l'arbre national du Chili.


Considéré depuis 2013 comme en danger selon l'IUCN (voir fiche descriptive), l'espèce est totalement protégée. Les graines de l'arbre, appelés piñons, représentent une part importante de l'alimentation des tribus mapuches, pouvant s'élever jusqu'à 10-15% du régime alimentaire, surtout de février à mai [1]. Voici une photo de pignon grillé [photo Wikipédia].


La communauté Quinquén est la première a avoir obtenu pour ses terres le titre de Territoire de conservation autochtone du Chili (Territorio Indigena de Conservación, en espagnol), résultat d'une lutte de plus de 20 ans. L'histoire commence en 1971, avec la réforme agraire qui exproprie la communauté, en ne lui laissant plus que l'usufruit des pâturages et des piñons de l'araucaria. En 1976, l'araucaria est déclaré monument national, paralisant son exploitation. En 1980, la Sociedad Galletué entreprend des procédures juridiques pour expulser la communauté et pouvoir tout de même exploiter le bois d'araucaria sur les terres qui lui ont été attribuées lors de la réforme agraire. Sept ans plus tard, en 1987, elle gagne un procès lui permettant de recommencer la coupe du bois. Cela renforce le courage de la communauté à se battre et celle-ci obtient en 1990 à nouveau la protection intégrale de l'araucaria.

A partir de là, la lutte de la communauté s'officialise et sur sa demande, le Chili accepte d'acheter, en 1992 et pour une valeur de 6.15 millions de dollards, les terres en question (26'500 ha). La répartition des terres à l'intérieur de la communauté donne cependant lieu à certains conflits internes... S'initie alors un processus, soutenu par l'Observatoire des Droits des Peuples Indigènes (CODPI) ainsi que le WWF Chili qui se concluera 15 ans plus tard, en décembre 2007, par le transfert des terres comme biens communautaires à l'ensemble de la communauté.

Deux mois plus tôt, en septembre 2007, les Nationes Unies adoptaient la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones [2], considéré comme un triomphe pour la justice et la dignité humaines des peuples autochtones [3]. En 2008, l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), dans sa Reconnaissance des territoires de conservation autochtones [4], décide d'intégrer la notion de territoire autochtone dans sa définition des catégories d'aires protégées [5].


Ces changements au plus haut niveau institutionnel eurent un impact direct sur la communauté de Quinquén, puisqu'après trois ans supplémentaires de travail au sein de la communauté, le concept a pu être appliqué pour donner le premier territoire autochtone de conservacion du pays, un projet pilote au niveau nacional !



Voilà, je pense que vous en savez assez sur la communauté, il est temps de vous dire ce que nous avons fait durant notre journée à Quinquén. Après une première nuit de camping au bord de la Laguna Galletué, source du Rio Biobio, nous avions rendez-vous à 9h00 pour une cabalgata, une excursion à cheval. Magnifique ballade de trois heures dans leur territoire, avec René (17 ans), le plus jeune des 8 enfants de la famille Meliñir qui nous a acceuilli.


Vue sur la Laguna Galletué.


Paysages magnifiques avec beaucoup d'araucarias, belles empreintes de puma (oui oui, il y en a dans le coin, mais ils ne sortent que la nuit pour chasser...) et passage par le lac pour revenir, les chevaux avaient sacrément les pieds dans l'eau et glissaient sur les cailloux !


A notre retour, le repas de midi était prêt. Au menu, purée de piñons, viande de porc de la ferme et salade ! La purée de piñon (à base de farine de piñons moulus) ressemble à de la purée de patates avec un léger goût de chataigne, super bon !


L'après-midi, nous avons été pêcher avec René dans la rivière coulant à travers le teritoire de la communauté. Moment super sympa, même si nous n'avons sorti aucun poisson à trois... paraît qu'il y a des jours où ça mort mieux ! ;-)


Le soir, nous avons dormi dans une maison à côté de la leur avant de repartir le lendemain matin avec nos vélos. Nous aurons passé une très belle journée avec la famille Meliñir. Et notre expérience confirme bien ce que nous avions écrit dans notre Update du 13 novembre à propos du tourisme durable, soit qu'ils ont besoin de prendre confiance dans leur activité. Le prix n'était, par exemple, pas vraiment clair jusqu'à la fin de la journée et à midi, chacun de la famille a demandé l'itinéraire que nous avions fait avec les chevaux (on est assez certains que c'est la première fois que René partait ainsi seul avec des clients). Mais c'était une expérience franchement authentique !

Pour contacter la communauté : Hosteria Follil Pehuenche à Lonquimay.

[1] Araucaria du Chili, Wikipédia
[2] Déclaration des Nations Unies sur les droites des peuples autochtones,Wikipédia
[3] Déclaration sur les droits des peuples autochtones, UNHCR 
[4] Résolution 4_050 de l'UICN : Reconnaisance des territoires de conservation autochtones [français] [espagnol
[5] Catégories d'Aires protégées selon UICN, Wikipédia

mardi 26 novembre 2013

Alto Bio Bio (Los Ángeles - Lonquimay)

Nous avons quitté Santiago en bus pour rejoindre Los Ángeles, environ 500 km plus au sud. Ce n'est pas le bout de route le plus intéressant et nous voulions avoir suffisamment de temps pour bien profiter au sud du pays où les réserves naturelles sont nombreuses...

Voilà ce que cela donne de transporter tout notre matériel en bus (tout est à nous dans le compartiment, à l'exception du sac bleu) :-) On utilise passablement d'espace et c'est toujours un peu l'aventure de savoir si on va tomber sur un chauffeur sympa ou un peu moins cool... D'autant plus que c'est lui qui fixe le prix pour le tranpsort de nos vélos ! Mais jusqu'ici, aucun souci au Chili ! 


Nous nous sommes ensuite engagé le long du rio Biobio, un des fleuve les plus importants du Chili. Après plus de 4 mois à rouler dans des régions passablement désertiques, nous retrouvons (enfin) une nature vivante ! La verdure, les rivières et les lacs font désormais à nouveau partie du paysage !

Avec le rio Biobio en arrière-plan.


A vrai dire, les lacs sont pour l'instant en grande partie artificiels car le rio Biobio est jalonné de plusieurs barrages.


L'exploitation du bois est aussi très présente dans la région.


Il était du reste assez difficile de trouver un coin accessible pour poser la tente ! En effet, nous avons longé des kilomètres et des kilomètres de barrières... Et des barrières sacrément solides : un pieux de bois tous les 1.50-2 mètres avec 5 à 6 rangées de fil de fer et de barbelé ! On n'a pas forcément envie de les enjamber...


Et à l'extrême... une barrière, une rangée d'arbre et à nouveau une barrière... on aurait été bien curieux de demander au propriétaire pourquoi un tel barricadement !


Et grâce à ce magnifique volcan recouvert de neige...


nous avons pu profiter d'une journée très agréable dans une piscine absolument bouillante aux Termas El Avellano !


Et on nous a même remplis une mini piscine rien que pour nous à 21h avant d'aller se coucher dans notre tente... trop bon ! 24h dans les bains chauds, avec le camping... 16.- pour les deux ;-) On en voudrait plus souvent des comme ça !


En passant par la route que nous avions choisie pour rejoindre Lonquimay, nous n'étions pas sûr de pouvoir passer un petit col que toutes les cartes ne mentionnaient pas. Une grande partie de la route n'était du reste dès le début pas asphaltée. Et ça montait et desendait tout le temps ! Et des sacrées montées... nous avons plusieurs fois dû pousser les vélos à deux, histoire de s'économiser le dos et les genoux. Mais la cerise sur le gâteau fut ce fameux petit col...

400 m de dénivelé sur le papier... mais 800 m en réalité, voire davantage. Au début, nous avons dû monter en portant les sacs et les vélos séparemment. Puis, on a pu tout charger, mais nous n'avons fait quasiment que pousser à deux chacun des vélos! Après 4 mois de vélo... les bras étaient bien fatigués à la fin de la montée !

 

Durant cette semaine, nous aurons peut-être croisé plus de cavaliers que de voitures :-) Alors au lieu de demander : "Il faut combien de temps en voiture ?", on demandait : "Combien de temps avec le cheval ?" :-)

dimanche 24 novembre 2013

Article dans Onex Magazine

Un article sur notre voyage a été publié dans l'édition de septembre d'Onex Magazine, normalement le premier d'une série de 3. Si celui-ci présente notre projet, les deux parutions suivantes aborderont quant à elles de thématiques plus spécifiques en lien avec notre voyage. Les liens pour lire l'article ou le magazine en entier (cliquez pour ouvrir) sont dès maintenant disponibles sur notre page Revue de presse.

samedi 16 novembre 2013

Santiago

Comme d'habitude, nous voulions passer peu de temps en ville pour pouvoir continuer notre route au plus vite... et comme d'habitude, nous aurons eu une montagne de choses à faire (ce qui n'est finalement pas moins terrible qu'un col à vélo ;-) ) et il nous aura fallu plus de jours que souhaités/prévus. Heureusement pour nous, nous avons pu profiter de la chambre de notre ami Juan, lui étant en Europe pour un mois... le bon plan ! Merci à Paulina, sa coloc, qui nous a accueilli pendant 9 jours.



C'était ainsi l'occasion de retrouver les amis d'Alain de la Universidad de Chile, rencontrés 2 ans auparavant lors de son stage.

Avec Max et sa copine Pamela.


Bien que notre voyage à vélo nous permette de vivre des expériences absolument géniales, il est vrai que certaines activités, comme simplement aller boire un verre avec des amis ou partager une bonne grillade, nous manquent parfois un peu ! On a en tous les cas bien apprécié les grillades au jardin de la famille à Max !!!


Et puis bêtement, pouvoir utiliser un four plutôt que notre petit réchaud de camping pour cuisiner... Ça nous a changé la vie pendant une semaine ! La tarte aux pommes qui tue tout :-)


Ma fois, des petits plaisirs dont nous n'avons pas forcément conscience dans notre quotidien mais qui prennent toute leur importance lors d'un voyage comme le notre!

Nous avons également pu constater qu'en 2 ans, le nombre de cyclistes a explosé! La plupart roule sur les trottoires ou les pistes cyclables quand il y en a, mais certains courageux n'hésitent pas à dévaler à toute allure les boulevards de la Capitale. On note également un grand intérêt pour les fixies, vélos urbains à la mode.

Une piste cyclable dans le quartier de Providencia.


Il y a même quelques stations de vélos en libre service, mais uniquement dans le quartier de Providencia, où nous logions. Nous ne savons cependant pas si l'objectif des 690 km de pistes cyclables a été atteint (cf. article)... Ce qui est clair, c'est que parfois, ça ressemble à un vrai gymkhana! Des virages à angle droit, des rampes avec une pente qui demande passablement d'élan...

Une vélostation (lien en espagnol) dans le quartier de Providencia. Elles ne sont pas ouvertes 24h/24. Les vélos ne sont disponibles que selon un certain horaire et ils ne sont en fait pas attachés. Quelqu'un est donc assis à côté de la station pour surveiller. 


En revanche, nous pensions que dans la Capitale, nous trouverions davantage d'intérêt pour le recyclage ou du moins des points de recyclage accessibles aux habitants, mais ce n'était pas vraiment le cas. Même dans le quartier de Providencia (plutôt riche), il n'y avait pas de stations de recyclage pour les choses "basiques", tel que le verre, PET ou papier. Il semble cependant que les choses vont changer. Santiago devrait bientôt avoir un système de recyclage (lien en espagnol) à grande échelle. En effet, il y a désormais une loi qui a pour but que 25% du contenu actuel des poubelles soit recyclé. Mais la Ministre de l'Environnement précise bien que l'objectif ne sera atteint qu'avec un changement de conduite des citoyens... et cela risque de prendre du temps !

mercredi 13 novembre 2013

Tourisme durable : UPDATE

Lors de la préparation de notre voyage, nous avons souhaité y intégrer une dimension "tourisme durable", afin d'utiliser notre aventure pour mieux comprendre ce qui se cache derrière ce concept. L'idée ? Visiter des communautés sur notre route, voir ce qu'elles réalisent et comprendre leurs difficultés pour finalement les présenter sur notre blog avec pour objectif de récolter des fonds pour les soutenir.

Des projets de tourisme communautaire, durable, solidaire, ou encore vivant (les termes varient) se sont développés ces dernières années autant au Pérou, en Bolivie et au Chili, les trois pays traversés depuis notre départ. Des plateformes nationales les regroupent afin de les renforcer et promouvoir leurs services.

Pérou : Association péruvienne de tourisme d'aventure et d'écotourisme APTAE
Bolivie : Réseau bolivien de tourisme communautaire TUSOCO
Chili : l'ONG active dans la promotion du tourisme communautaire Travolution

Par effet de mode, ces formes de tourisme attirent de plus en plus de personnes, ce qui nous réjouit. Il s'agit cependant toujours de rester attentif à l'utilisation de mots tels qu'eco-tourisme ou tourisme écologique. Ce n'est pas parce que l'on participe, par exemple, à des activités traditionnelles, à priori peu polluantes, que le traitement des déchets ou l'évacuation des eaux usées se fait ensuite forcément dans un vértiable respect de l'environnement...

Au Pérou, nous n'avions pas prévu de visiter de communauté, ayant déjà un bien joli programme. En Bolivie, nous souhaitions nous rendre notamment sur l'Isla del Sol, au sud du Lac Titicaca, pour y rencontrer la communauté ACTUSOL. La communauté offre un accueil pour touristes avec participation à plusieurs activités locales. Nous ne l'avons finalement pas visitée, notamment parce qu'on ne nous proposait rien d'autre que le tour de base de 3 jours valant 800 Bolivianos (CHF 110.-) par personne. Malgré l'envie de découvrir et de participer à certaines de leurs activités, nous ne souhaitions/pouvions pas dépenser autant pour 3 jours. Et oui, il faut penser aux 8 mois de voyage ! Nous avons cependant quand même visiter l'île, comme raconté dans l'article Copacabana-La Paz. Nous avons ainsi modestement soutenu la communauté à travers la taxe de transit qu'ils font payer le long du sentier traversant l'île. Cet argent sert notamment à l'école et aux développement de leurs différentes activités.


Au Chili, nous avons la chance de bien connaître Juan Marambio, directeur executif de l'ONG Travolution.org. Considérant que les rencontres entre personnes permettent de stimuler le développement durable, cette organisation a pour mission de faciliter, à travers le tourisme communautaire, les expériences interculturelles bénéfiques à la fois pour les voyageurs et les communautés locales. De portée mondiale, elle est pour l'instant principalement active au Chili.

Selon Juan, financer un projet quel qu'il soit dans une communauté nécessite évidemment toute une préparation ainsi qu'un suivi une fois le projet réalisé. Il nous dit que la meilleure manière de soutenir les communautés est de contracter leur services et de les faire connaître en Europe et ailleurs. Ainsi, nous leur donnons surtout confiance dans ce qu'elles font et nous leur permettons de tisser des liens directement avec les touristes, sans devoir passer par des agences et des tours opérateurs.

Au vu de ce qui précède et des réflexions que nous avons menées depuis notre départ, nous avons décidé, après consultation des personnes nous ayant déjà soutenu, de modifier légèrement le concept. Au lieu de financer des projets précis comme initialement pensé, nous allons désormais utiliser les fonds destinés au "tourisme durable" pour visiter des communautés et participer à certaines de leurs activités. Nous prévoyons ainsi notamment de visiter prochainement la communauté pehuenche Quinquén (voir la page de la communauté), ainsi que d'autres, en fonction de la route que nous prendrons et des fonds que nous aurons pu récolter.

Notre concept vous plait ? Vous souhaitez nous permettre de visiter plus de communautés afin que nous puissions les présenter sur notre blog ? Autant les communautés que nous-mêmes vous serions très reconnaissants de votre soutien, même modeste, sur notre compte !
CH02 80206 00000 2076092  (Alain Foehn, Rue des Bugnons 16, 1217 Meyrin)
Mention "Tourisme durable"
Merci d'indiquer votre adresse email !
Aussi possible par PayPal en effectuant le virement pour l'adresse limatocapehorn@gmail.com.

D'avance, un grand merci !

lundi 11 novembre 2013

Coquimbo - Santiago

A Coquimbo, nous avons été hébergés chez Leonardo, un membre du reseau Warmshowers, et sa famille. Nous avons pu poser la tente dans le jardin devant la maison. Le chat à droite de la tente, il fallait l'avoir à l'oeil car il aimait bien venir faire ses griffes sur notre tente intérieure.... le coquin y a un peu laissé sa signature du reste (mais rien de grave) !


Une photo souvenir tous ensemble. Super accueil !


Nous avons ensuite décidé de poursuivre notre route par la Valle del Elqui, haut lieu de la production du Pisco! Pour avoir goûté le Pisco sour au Pérou et au Chili, que tous deux revendiquent comme boisson nationale, notre choix a été relativement vite fait... le chilien l'emportant haut la main ! Moins de sucre et davantage de Pisco !

Les fonds des vallées sont joliment verts après tout le désert que nous avons traversé, mais les sommets restent très pelés. 


Nous ne monterons finalement pas dans la partie supérieure de la vallée de l'Elqui, mais nous bifurquerons avant, à Vicuña, pour attaquer une route mythique et ancestrale, la Ruta Antakari (lien en espagnol). La route n'est heureusement pas encore asphaltée, son charme (mais aussi sa difficulté !) étant ainsi mieux conservé. Au XVème siècle, ce sont des familles incas qui exploitaient de l'or, notamment à Vicuña, qui l'ont construite afin de rallier plusieurs villages. 

Vue sur Vicuña depuis la première grosse pente. Elle ne s'est finalement pas avérée si terrible au vu de ce qui nous attendait les 25 km suivants ! En résumé, nous aurons fait environ 1600 mètres de dénivelé en 32 km... La pente était vraiment raide et nous devions parfois faire des virages en travers de la route pour pouvoir pédaler. Il faisait en plus très chaud !


Les couleurs de la roche étaient en quelques endroits vraiment magnifiques.


Et quand nous pensions arriver gentiment au bout, au détour d'un col.... 


Il nous aura fallu redecendre et remonter davantage pour atteindre enfin le sommet et nous offrir une magnifique descente de 1800 mètres de dénivelé jusqu'à Ovalle, à encore 100 km environ.


Mais nous nous arrêterons bien avant dans un camping. On n'en pouvait plus ! Nous étions seuls et le propriétaire nous a acceuilli encore mieux qu'à l'hôtel :-) Balayé 3 fois la place pour la tente, préparé le feu pour l'eau chaude, installé une lampe pour le soir... Vraiment très sympa !



Les jours suivants, nous sommes pas mal montés et descendus, mais surtout montés ! Nous savions à quelle altitude nous partions le matin et à quelle altitude nous devions arriver. Mais c'était sans savoir combien de fois il faudrait monter, descendre et remonter et redescendre... Hum, j'ai un peu fait la tête parfois ;-) (propos de Camille).

Le soleil et la chaleur ne rendait pas non plus l'effort plus facile et le moindre arbre (il y en a encore très peu) était bienvenu pour une petite pause, quitte à devoir sortir un peu de la route !
Dans la montée au col d'El Espino.


Au sommet de la cuesta El Espino (Héhéhé, belle descente en vue !).


Dans cette région passablement agricole, principalement de la viticulture, il n'était pas forcément évident de trouver une place pour la tente. Un soir, nous avons finalement trouvé une place à côté d'un lit de rivière assèché. Sauf qu'il y avait plein de petites bêtes qui courraient dans tous les sens... On a d'abord cru que c'était des rats... et du coup, nous étions un peu moins motivés... Mais à mieux y regarder, ça resemblait davantage à de petits chinchillas ou gerbilles ! En fait, ce sont des Dégus ou Dègues du Chili ! Et ils étaient vraiment trop drôles à observer se roulant dans le sable ou grimpant dans les arbustres !



Enfin, la dernière bonne aventure de ce tronçon fut la rencontre avec Marcia et sa petite famille. A Illapel, nous étions tranquillement en train de pique-niquer sur la place quand, patatra !!! Marcia nous a fait un bien joli soleil avec son vélo... droit devant nous ! En fait, elle regardait notre attelage et elle n'a pas vu le poteau devant elle. Et elle venait d'apprendre le matin même qu'elle était enceinte... Bref, nous l'avons aidée à se relever et elle est rentrée chez elle. 10 minutes plus tard, elle était de retour pour nous inviter à boire un chocolat chaud et finalement nous avons passé la nuit chez eux :-) La petite Victoria, toujours souriante, Marcia et son mari Manuel.


Nous avons ensuite pris le bus de Illapel jusqu'à Santiago. Une fois remontés sur nos vélos dans la capitale, nous sommes passé devant l'université de Santiago. On aurait cru débarquer en pleine guerre civile ! Sauf que c'était des étudiants qui lançaient des cocktails molotov sur la police... et les gens passaient, presque comme si de rien n'était, à 30 mètres de la scène. Il faut dire que les Santiaguinos sont habitués aux manifestations d'étudiants, ces derniers luttant depuis plusieurs annés pour un système éducatif meilleur et plus égalitaire (voir l'article Importante journée de manifestation, réalisé par Alain en 2011).



Durant cette quinzaine, nous avons également pu expérimenter une autre "spécialité chillienne", un tremblement de terre ! D'une magnitude de 6.6 sur l'échelle de Richter (nous étions seulement à quelques 30 km de l'épicentre !), cela n'était pas spécialement fort, ni très long, mais suffisamment pour que les produits du centre commercial dans lequel nous étions tombent des étalages et que nous nous précipitions dehors en courant !

lundi 28 octobre 2013

Calama - Coquimbo

Aprés notre magnifique semaine dans l'Atacama, il était temps de remonter sur nos vélos et de rouler en direction d'Antofagasta, au bord de l'océan. La route traverse une région qui fut, durant le XIXème et jusqu'au début du XXème siècle, hautement stratégique de part les importantes réserves de salpêtre présentes dans le sous-sol. Le salpêtre du Chili, ou nitrate de sodium, est un fertilisant minéral qui était très prisé, notamment en Europe, durant cette époque. Ce matériau, représentant jusqu'à 25% de certains sols de la région, fut en bonne partie responsable de la Guerre du Pacifique, aussi appelée Guerre du salpêtre. Nous vous avons déjà parlé de ce conflit dans un précédent article (voir Salar de Uyuni - Calama), durant lequel la Bolivie perdit cette région, et par la même occasion son accès à l'océan, au profit du Chili.

En 1909, l'invention du procédé Haber, par Fritz Haber, permit la synthèse de l'ammoniac, ouvrant la porte à la production industrielle d'engrais chimique. Moins chère que l'extraction du salpêtre, cette dernière lui aura été fatale. Aujourd'hui, il ne reste plus que les vestiges de cette époques, les ex-officinas, cités d'extraction aujourd'hui en ruine et désertées depuis longtemps.


Région également passablement venteuse, nous avons profité des ruines de l'une de ces ex-oficinas pour nous abriter.


A Baquedano, nous avons fait un rapide passage par le musée ferroviaire, exposant essentiellement d'anciennes locomotives. 


Et plus tard dans la journée, notre route a croisé le Tropique du Capricorne, l'un des cinq parallèles principaux indiqués sur les cartes terrestres, d'environ 23° de latitude sud.


Cela n'a pas changé notre journée, mais une fois vu sur la carte à quoi cela correspondait, nous avons réalisé comment nous étions déjà bien descendus au sud, étant déjà à la latitude de l'Afrique du Sud et de l'Australie ! Et on va continuer à descendre, plus qu'il ne serait possible de faire ailleurs... c'est beau ! [1]


Et nous sommes finalement arrivés à Antofagasta, le grand port du nord du Chili dont part une bonne partie du cuivre Chilien. On voit d'ailleurs passablement de trains passer. Et pour se faire une idée de la valeur de la marchandise qui passait devant nous, nous avons fait le rapide calcul suivant. Si l'on considère 30 wagons par train (ils sont longs !), avec chacun 6 m3 de cuivres, une masse volumique de 9 tonnes par m3 et une valeur de 7'000 US$ par tonne, on arrive à quelques 11 millions de US$ par train... Et il y en a plus d'un par jour qui passent tranquillement, presque comme si de rien n'était...


A l'hôtel où nous avons dormi, nous avons, comme bien souvent, lavé quelques habits. On nous a demandé de ne pas en laver plus au vu du prix élevé de l'eau dans la ville. Après recherches, en effet, le mà Antofagasta coûte environ CHF 2.40 [2], alors qu'à Genève, il n'en coûte que CHF 1.20 [3].

D'Antofagasta, nous avons à nouveau pris une fois le bus, jusqu'à Vallenar. Cela nous a permis d'éviter la zone désertique et très peu peuplée du désert d'Atacama, tout en nous faisant avancer un peu en direction du sud. De là, nous sommes remontés sur nos montures avec pour objectif la Réserve nationale Pingüino de Humboldt.

Le premier jour, nous avons dû chercher un moment avant de trouver un abri du vent, en l'occurence une grosse dune de sable.


Et le jour d'après, arrivés à l'entrée de la réserve, nous avons pour la première fois camper au bord de l'océan !


Le lendemain, nous avons fait un tour en bateau dans la réserve, constituée de trois îles. Nous y avons notamment observé des manchots de Humboldt, animal emblématique de la réserve. Ils sont drôles à regarder à se dandiner sur les rochers !

 

mais également des lions de mer


et des loutres marines trop choues !!


Et cerise sur le gateau (car il faut plus de chance pour les observer !), nous avons trouvé la population de grands dauphins vivant dans le parc. Celle-ci est composé d'environ 60 à 70 individus selon le guide du bateau. Nous en avons certainement vu un bonne trentaine, voire quarantaine.


Les quelques 120 kms nous séparant de La Serena nous auront fait monter et descendre passablement. Et à la vue de ce panneau, nous avons bien rigolé... avant de le prendre (bien) plus au sérieux une fois dans la montée ! C'était effectivement raide!!! Impossible de ne pas faire des virages en long et en large de la route ou de se mettre en "danseuse"...


De retour sur la Panaméricaine, nous avons à nouveau croisé un de ces convois spéciaux "extra-larges"... Tout le monde s'arrête pour laisser passer...


Et comme le temps passe (trop) vite, cela fait déjà plus de 100 jours que nous sommes partis de Genève ! Bientôt nous serons à la moitié de cette belle aventure. ;-)

[2] Site de Aguas Antofagasta 
[3] Site des Services Industriels de Genève